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Vénus Khoury-Ghata

Vénus Khoury-Ghata

L’Adieu à la femme rouge (Mercure de France)

Le photographe ne voyait que la mère qui lavait ses cheveux rouges puis les nattait sous l’œil de verre qui suivait ses bras nus levés haut pour fixer la masse de tresses au sommet du crâne. Clic clac malgré les regards désapprobateurs des voisins. Ne voyait qu’elle et ses cheveux mélangés à l’argile rouge. La boîte noire retombée sur la poitrine de l’homme, la mère n’aurait pas dû sourire mais rentrer chez elle, refermer sa porte, dérouler sa natte.

Après le passage d’un photographe occidental, la femme aux cheveux rouges disparaît brutalement de la palmeraie où elle vivait, laissant derrière elle ses deux enfants bouleversés. Le mari et les enfants suivront les traces de la mère de ville en ville, et la retrouveront des mois plus tard sur les murs de Séville, devenue top model célèbre grâce au photographe. Ascension rapide suivie d’une chute brutale : l’engouement de l’Occident pour l’étrangère est de courte durée ; les mannequins noirs ne sont plus à la mode, remplacés par les Slaves éthérées… Misère et maladie rattrapent la reine d’hier.
Avec son incroyable talent de romancière, Vénus Khoury-Ghata nous entraîne dans les rues et les faubourgs de Séville, et livre un roman tragique et drôle sur l’exil, la famille et la condition des migrants.

 

Les Mots étaient des loups (Gallimard Poésie)

Née à Beharré, au Liban, en 1937, Vénus Khoury-Ghata est romancière, traductrice, mais avant tout poète. Bien que passée d’une langue à l’autre, de l’arabe au français, elle continue pourtant à se demander : «Comment pleurer dans une langue qui n’est plus la tienne / quel nom donner aux murs non imprégnés de ta sueur». Interrogation surprenante, tant Vénus Khoury-Ghata maîtrise les deux idiomes, mais interrogation féconde puisqu’elle ne cache pas les affrontements toniques qui résultent d’une telle coexistence conflictuelle : «J’ai raconté mon enfance en prose et en poésie, précise-t-elle, dans un français métissé d’arabe ; la langue arabe insufflant sa respiration, ses couleurs à la langue française si austère à mon goût. Je devais écarter ses cloisons étroites pour y insérer ma phrase arabe galopante, ample, baroque. Avec le recul, je pense que la langue française m’a servi de garde-fou contre les dérapages. J’ai fini par me trouver à l’aise dans son espace. Mais je continue à entendre un bruit de fers qui s’entrechoquent comme pour un duel dès que je prends la plume. Deux langues s’affrontent sur ma page et dans ma tête.»
D’où le titre quasi manifeste de cette anthologie : «Les mots étaient des loups». Car les mots sont les garants agressifs d’un conflit permanent qui convoque, et intervertit souvent, les vivants et les morts. Cependant ces mots qui allument leur mèche à on ne sait quel silex vont jusqu’à faire une escorte céleste aux pas des hommes sur terre :

Que savons-nous des sables enfouis sous les pieds des caravanes
devenus silice
éclats de verre
vénérés par les chameliers comme débris d’étoile?


Romancière et poète, Vénus Khoury-Ghata est l’auteur d’une œuvre importante. Au Mercure de France, elle a publié plusieurs romans, Sept Pierres pour la femme adultère, La fille qui marchait dans le désert, Le facteur des Abruzzes, La fiancée était à dos d’âne, et des recueils de poésie, Quelle est la nuit parmi les nuits, Les Obscurcis, Où vont les arbres ? Elle a reçu le Grand prix de poésie de l’Académie française 2009 pour l’ensemble de son œuvre poétique et le Goncourt de la poésie 2011. Elle est aujourd’hui mise à l’honneur avec cette anthologie de poésie.




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