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Jean Mattern

Jean Mattern

Le Bleu du lac  (Sabine Wespieser éditeur)

En remplaçant au pied levé Pogorelich dans une salle de concert londonienne, celle qui allait devenir la grande pianiste Viviane Craig ne se doutait pas qu’un défi bien plus difficile l’attendait.
Concertiste célébrée, elle vit depuis des années une passion secrète avec James Fletcher, critique musical charismatique – et boxeur à ses heures –, quand un appel lui apprend le décès brutal de son amant. Au bout du fil, l’exécuteur testamentaire, sans mesurer la portée de la requête posthume qu’il transmet, l’invite à jouer lors de la messe de funérailles.
Pendant le long trajet en métro qui va la conduire à l’église choisie par James, minutieux ordonnateur de la cérémonie, Viviane, stupéfiée d’avoir accepté sans réfléchir cette épreuve, laisse libre cours aux émotions qui l’assaillent. L’angoisse de ne pas parvenir à dissimuler son violent chagrin, voué lui aussi à la clandestinité, le ressac des souvenirs heureux, les confidences arrachées à l’homme énigmatique qu’était James cohabitent en un fiévreux et hypnotique monologue intérieur, au fil des stations de la Piccadilly Line.
Beau chant d’adieu et vibrant hommage au pouvoir de la musique que ce nouveau roman, parfaitement maîtrisé, de Jean Mattern, subtil interprète du trouble amoureux et de la complexité des sentiments.

« Aimez-vous Brahms et James Fletcher ? », Bernard Pivot, Le Journal du Dimanche, dimanche 27 mai 2018

« James Fletcher est mort à l’âge de 55 ans pendant son sommeil, d’une apnée plus forte que les autres. C’était un compositeur, critique musical, professeur de musicologie. Par son talent de vulgarisateur de la musique classique à la télévision britannique, il avait acquis beaucoup de notoriété. Parmi ses dernières volontés : que la grande pianiste Viviane Craig vienne jouer l’Intermezzonuméro 2de Brahms, en l’église de Sainte-Cécile-et-Saint-Anselme pendant la messe de ses obsèques.
Le roman de Jean Mattern raconte tout ce qui se passe dans la tête de la pianiste durant son voyage en métro de Wimbledon, où elle habite, jusqu’à l’église située au centre de Londres. C’est ce qu’on appelle un monologue intérieur. Il est sombre et traversé de rais de lumière, lancinant, désordonné, compulsif, éprouvant, dramatique. Parce que Viviane était depuis longtemps la maîtresse secrète de James et qu’elle ne joue plus en public. C’est une légende vivante, la Greta Garbo du piano. Un critique allemand a inventé cette formule “aussi stupide que flatteuse” pour évoquer son retrait de la scène. Son retour inattendu sera un événement. Comment pourra-t-elle le justifier ? Pourquoi a-t-elle accepté sans réfléchir ce “chantage post-mortem” ? Sera-t-elle capable de relever un défi insensé, la terrible émotion de jouer devant le corps de son amant s’ajoutant à la panique de son propre corps de pianiste ? Comment être pendant cinq minutes et quelques secondes à la hauteur de Brahms et de James ?
Sa mémoire va beaucoup plus vite que le métro dans lequel elle étouffe. Elle se rappelle son premier concert triomphal de Wigmore, resté mythique, où elle avait remplacé au dernier moment un pianiste défaillant. Elle se rappelle surtout le concert où, tous deux spectateurs, avec une impudence qui aurait pu ou dû la choquer, mais que sa beauté à ses yeux justifiait, James l’avait abordée et, en quelques minutes, séduite. Leurs rendez-vous dans une salle de boxe à West Ham, où le jeune musicologue s’entraînait dur et où la géniale interprète des œuvres de Brahms et Rachmaninov n’avait aucune chance d’être reconnue. Surtout leurs après-midi clandestins chez James, en sorte que le voyage en métro est aussi une évocation déjà nostalgique, ardente, fiévreuse, du corps et du sexe de son amant disparu, de leurs étreintes, d’un désir dont elle ne soupçonnait pas la force et que les absences soudaines de l’être tant aimé rendaient encore plus impérieux.
Par des phrases longues, très longues, que les virgules font respirer, Jean Mattern réussit admirablement à restituer le désordre d’une pensée ininterrompue où se succèdent, s’articulent, s’enchevêtrent, la sensualité des souvenirs, la peur de devoir bientôt se retrouver devant un piano et un cercueil, des confidences de l’énigmatique James sur un pèlerinage annuel au lac d’Annecy et son “bleu infini” peint par Cézanne, les plaintes de la voyageuse en deuil entre Wimbledon et Londres qui était encore hier un voyage d’amour, enfin et surtout d’autres remémorations, de sa vie de couple cette fois, avec Sebastian, qu’elle n’a jamais envisagé de quitter puisqu’elle l’aime. “Je voulais les deux, mon mariage et mon amant, je ne voyais aucune autre possibilité et si la mort ne s’en était pas mêlée j’en serais toujours au même stade, à vivre comme si c’était la chose la plus naturelle du monde d’aimer deux hommes à la fois, même inégalement, mais les aimer quand même.”
La pianiste et l’amoureuse ne font qu’une. Pas de calcul, pas d’hésitation : les doigts courent avec la même sincérité, le même talent sur le corps de l’amant que sur le clavier du Steinway. La beauté est exigeante, la passion impérieuse. Sauf que Viviane a elle-même renoncé aux risques du concert alors que pour rien au monde elle n’aurait reculé devant les périls de sa double vie. Et voilà que, le destin s’en mêlant, elle va renouer avec le piano pour accompagner son amant dans la mort, tandis qu’à Wimbledon son mari travaille au montage d’un film de télévision. La pianiste ressuscitera bientôt en public en ne célébrant que pour elle-même la fin de ses noces secrètes avec le beau défunt.
Le Bleu du lac est un court et magnifique roman d’amour dans lequel Jean Mattern a écrit la partition complexe du sentiment amoureux, réaliste et romantique, musical et charnel. »

 

Partition ardente sur le trouble amoureux et la force de la musique.
Concertiste célébrée, la narratrice du superbe roman de Jean Mattern a été surnommée la “prophétesse”, la “Greta Garbo du piano”. La soixantaine, Viviane Craig est mariée à Sebastian, directeur du service culturel de la BBC, avec qui elle a eu une fille, Laura, disparue bien trop jeune. La voici qui vient de quitter sa maison de Wimbledon pour descendre dans le métro avec sa petite robe noire. Viviane a mis fin à sa carrière mais s’apprête à remonter sur scène. Ou plutôt sur l’estrade d’une église catholique, afin de respecter les dernières volontés de James Fletcher. Un critique musical, compositeur, professeur de musicologie et vulgarisateur de talent qui vient de mourir des conséquences d’une apnée du sommeil.
Le défunt était un homme libre qui ne s’abaissait jamais au moindre compromis, qui pratiquait la boxe dans un club sentant la sueur et le cuir et raffolait d’un tableau de Cézanne immortalisant le bleu infini du lac d’Annecy. James, elle l’a follement aimé. Jamais elle n’oubliera leurs rencontres clandestines, leurs après-midi volés, leurs caresses et leurs confidences. Cette manière unique d’être “à l’unisson l’un de l’autre”. Leur dernier rendez-vous sera aussi le premier en public. Cinq minutes pendant lesquelles Viviane doit interpréter l’Intermezzo n°2 de Brahms…
Incroyablement ardent, Le Bleu du lac vous happe avec sa fièvre, sa beauté et son élégance. »
« Le groupie de la pianiste », Alexandre Fillon, Sud-Ouest dimanche, dimanche 20 mai 2018

Jean Mattern est né en 1965 dans une famille originaire d’Europe centrale. Il suit des études de littérature comparée en France à la Sorbonne, avant d’être responsable des droits étrangers aux éditions Actes Sud puis responsable des acquisitions de littérature étrangère aux éditions Gallimard, principalement pour les collections « Du monde entier » et « Arcades ». Il est aujourd’hui éditeur responsable du domaine étranger chez Grasset.
Dans chacun de ses romans, la question de la transmission occupe une place prépondérante : après Les Bains de Kiraly (Sabine Wespieser éditeur, 2008) – qui a été traduit en sept langues –, il publie, toujours chez Sabine Wespieser éditeur, De lait et de miel en 2010, puis Simon Weber en 2012. Aux éditions Gallimard il a publié un roman, Septembre (2015), ainsi qu’un essai, De la perte et d’autres bonheurs (2016), dans la collection « Connaissance de l’Inconscient ». Son nouveau roman, Le Bleu du lac, paraît à nouveau chez Sabine Wespieser éditeur en mai 2018.

 




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