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Philippe Maynial

Philippe Maynial

Madeleine Pauliac – L’Insoumise (XO)

Médecin et résistante française, elle est née en 1912 à Villeneuve-sur-Lot. Au début de la Seconde Guerre mondiale, elle devient médecin de la Résistance chargée du ravitaillement des maquis et apporte son concours à des parachutistes alliés. En 1944, elle participe à la libération de Paris, puis à la campagne d’Alsace et des Vosges. Début 1945, en tant que médecin-lieutenant des Forces françaises de l’intérieur, elle part pour Moscou sous l’autorité du général Georges Catroux, ambassadeur de France à Moscou, pour diriger la mission française de rapatriement.
Elle est nommée médecin-chef de l’hôpital français de Varsovie, alors en ruines, et chargée de la mission de rapatriement des Français à la tête de la Croix-Rouge française. Elle va accomplir dans toute la Pologne et parfois en Union soviétique, plus de 200 missions avec l’Escadron bleu, unité de 11 conductrices-ambulancières volontaires de la Croix- Rouge, pour rechercher, soigner et rapatrier les Français restés à l’est.
Madeleine Pauliac meurt accidentellement en mission le 13 février 1946 à Sochaczew près de Varsovie. Elle est inhumée à Villeneuve-sur-Lot.

MADELEINE PAULIAC_L_INSOUMISE CV ET BANDE

© Alexandre Gouzou

Philippe Maynial est le neveu de Madeleine Pauliac. Longtemps responsable des ventes internationales chez Gaumont, il est le fondateur du prix Sopadin du scénario. Il est à l’origine du film Les Innocentes réalisé par Anne Fontaine avec Lou de Laâge dans le rôle de Madeleine Pauliac. Ce film est nommé dans 4 catégories pour les César 2017.

Philippe Maynial à propos de

Madeleine Pauliac
L’insoumise

Qui est Madeleine Pauliac et pourquoi avez-vous souhaité écrire ce livre ?

Madeleine Pauliac était la soeur cadette de ma mère. Enfant j’étais fasciné par la photo de ma tante, entourée de toutes ses décorations, qui trônait dans la chambre de ma mère. Dans la famille, tout le monde répétait que Madeleine avait été « admirable » mais personne ne racontait vraiment son histoire. Comme si un voile de mystère planait sur la vie de cette femme médecin qui, en février 1946, à 34 ans, a péri sur une route verglacée de Pologne. Jusqu’à ce jour où ma mère, quelques mois avant de nous quitter, m’a confié une enveloppe. À l’intérieur, des lettres, des photos, des rapports, un journal de bord. Tout s’est alors éclairé : ma tante était plus qu’une femme admirable : une héroïne oubliée qui avait servi la France avec un dévouement et un courage extraordinaires. En me plongeant dans ces documents, j’ai voulu aller à sa rencontre, lui rendre hommage.

Très vite, vous êtes tombé sur l’histoire de ces religieuses polonaises violées par des soldats russes, dont plusieurs étaient enceintes…

Des religieuses que Madeleine a secourues dans le plus grand secret. Elle les a aidées à accoucher. En découvrant les documents que ma mère m’a transmis, j’ai écrit, bouleversé, la trame d’un scénario. La réalisatrice Anne Fontaine en a fait un fi lm magnifique, Les Innocentes, qui est diffusé aujourd’hui dans le monde entier. Ce succès est pour moi une grande émotion. Mais ce que j’ai découvert depuis sur le sort de ces enfants va plus loin encore… Madeleine a rapatrié en France plusieurs enfants de ces religieuses, ainsi que des orphelins. Sans doute vingt-quatre, comme l’indique un rapport. Madeleine a également été à la tête d’un groupe incroyable de onze ambulancières, l’Escadron bleu, qui, après la capitulation allemande, pendant des mois, a sillonné la Pologne pour porter secours aux blessés français et aux rescapés des camps de concentration. C’est cette aventure humaine extraordinaire, aussi, que je raconte dans ce livre.

Comment avez-vous travaillé ? Quelles ont été vos méthodes et quelles difficultés avez-vous rencontrées pour remonter le fil de l’histoire de Madeleine ?

Pour redonner vie à Madeleine, il m’a fallu reconstituer avec précision cette période très courte allant de mars 1945 à février 1946, et comprendre pourquoi ma tante avait été choisie par le général de Gaulle pour se rendre à Moscou puis à Varsovie. En réalité, Madeleine, docteur en médecine, spécialiste de la trachéotomie, avait été une grande résistante. Les lettres des femmes de l’Escadron bleu m’ont beaucoup aidé. J’ai eu la chance de rencontrer à Lyon la dernière survivante de cet escadron de la Croix-Rouge, Simone Saint-Olive. Elle m’a raconté mille anecdotes – comment par exemple elles avaient kidnappé des soldats français dans des hôpitaux russes –, et permis de mesurer l’amour, il n’y a pas d’autres mots, que toutes ces fi lles volontaires d’à peine vingt ans éprouvaient pour leur chef. « Pour Madeleine, m’a-t-elle dit, on était prête à mourir ! » Madeleine, incontestablement, était quelqu’un de solaire. Toujours souriante, toujours optimiste, douée d’un humour parfois corrosif et surtout, n’écoutant que son cœur, son sens du devoir, dépassant ou outrepassant les instructions, les consignes de prudence, prenant tous les risques.

C’est pour cette raison que vous avez appelé votre livre « L’insoumise » ?

Madeleine est une femme intrépide mais surtout profondément libre. Elle est insoumise quand, à 27 ans, résistante, elle ravitaille le maquis et porte secours à des parachutistes alliés. Insoumise quand, sur le territoire soviétique, pour sauver des Français, elle se fait passer pour la cousine d’un pilote de l’escadrille Normandie-Niemen. Insoumise encore quand, malgré les supplications de sa famille, elle repart à Varsovie en février 1946, retour qui lui sera fatal. Durant tous ces mois, cette « saison en enfer » comme aurait dit Rimbaud, les filles de l’Escadron bleu la suivront, galvanisées par cette personnalité hors-norme.

Votre récit porte sur une partie plutôt méconnue de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, à savoir les quelques mois qui ont suivi la fin du conflit. Dites-nous-en un peu plus sur cette période charnière…

Effectivement c’est une période encore confuse. Paris a été libéré en août 1944 et aujourd’hui, pour nombre d’entre nous, cette date illustre la fi n de la guerre en France. Cette guerre pourtant se poursuit avec la bataille des Ardennes et l’entrée des troupes alliées en Allemagne, aboutissant à la capitulation de l’Allemagne le 8 mai 1945. Dans les pays alliés, c’est une explosion de joie, mais pour Madeleine Pauliac et l’Escadron bleu, le combat continue sous une forme différente. Il faut, en un temps record, rapatrier les 300 000 Français restés en Pologne avant que se referme le rideau de fer. Ce n’est que le 19 juin 1945 qu’un accord réciproque relatif au rapatriement des prisonniers, blessés et déportés sera signé avec le gouvernement soviétique. Varsovie est rasé, la Pologne est en ruines et il faut accomplir des miracles pour retrouver tous ces Français égarés avant qu’ils ne disparaissent au fi n fond de la Sibérie. Ces Français avaient le pressentiment de ce qui les attendait s’ils ne regagnaient pas rapidement la mère patrie. Madeleine, elle, savait. Je repense souvent à tous ces hommes qui ont disparu dans l’immense Sibérie, broyés par l’implacable machine soviétique.

L’existence de cet Escadron bleu est l’une des grandes révélations de votre ouvrage, comment se fait-il qu’on n’en ait jamais entendu parler ?

Ce sont des héroïnes anonymes dans cette période grise de l’histoire qui n’intéressera plus personne une fois la page de la guerre tournée. Ces filles, pourtant, sont remarquables : onze jeunes ambulancières et infirmières de la Croix-Rouge française, âgées de 22 à 29 ans, qui ont toutes un point commun, un idéal : servir la France. Alors que la paix est à portée de main, voilà qu’elles décident de s’engager dans la
Croix-Rouge au péril de leur vie, et partent à l’est. Leur mission, tout comme celle de Madeleine, commence en mars 1945 : l’Escadron bleu en Allemagne, Madeleine à Moscou. Toutes se retrouvent ensuite à Varsovie le 27 juillet 1945 pour participer aux missions de rapatriement des blessés. Elles étaient dans une situation d’urgence absolue pour rapatrier ces hommes qui étaient bien souvent dans un état pitoyable. Ces femmes ont mené ces missions à hauts risques sans en tirer la moindre gloire, avec une immense modestie. Leur courage a été magnifi que, leur amitié immédiate et la mort accidentelle de Madeleine en février 1946, sur une route verglacée, a été, pour toutes ces femmes, un cataclysme. Elles resteront soudées toute leur vie, et aujourd’hui encore, leurs familles se réunissent chaque année.

En écrivant sur Madeleine, avez-vous appris sur votre propre vie ?

D’une certaine manière, oui. J’ai réalisé qu’inconsciemment, depuis mon adolescence et plus tard dans ma vie professionnelle, j’avais un peu suivi les pas de Madeleine : j’ai étudié le russe au lycée puis à l’Institut national des langues et civilisations orientales. J’ai été nourri de l’âme slave à travers l’admirable littérature russe et en particulier deux auteurs : Tchekhov et Dostoïevski. À 15 ans j’ai choisi de faire un séjour d’été dans un camp de komsomol, l’Union des jeunesses communistes, alors que rien dans mon environnement familial ne le justifiait. À 20 ans je découvrais avec horreur le camp d’Auschwitz. Plus tard, ma vie professionnelle m’a mené à maintes reprises dans les pays de l’Est et particulièrement en Pologne et en URSS. J’ai été troublé par cette attirance inconsciente pour cette culture et ces destinations, et aujourd’hui je ne peux m’empêcher de m’interroger : était-ce Madeleine, cette femme au regard si doux et déterminé sur la photo, qui m’influençait ? J’aime à le penser, en tout cas. ■




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