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Philippe Besson

Philippe Besson

Ceci n’est pas un fait divers (Julliard)

Ils sont frère et sœur. Quand l’histoire commence, ils ont dix-neuf et treize ans.
Cette histoire tient en quelques mots, ceux que la cadette, témoin malgré elle, prononce en tremblant : « Papa vient de tuer maman. »
Passé la sidération, ces enfants brisés vont devoir se débrouiller avec le chagrin, la colère, la culpabilité. Et remonter le cours du temps pour tenter de comprendre la redoutable mécanique qui a conduit à cet acte.
Avec pudeur et sobriété, ce roman, inspiré de faits réels, raconte, au-delà d’un sujet de société, le long combat de deux victimes invisibles pour réapprendre à vivre.

C’est un roman important que nous livre ici Philippe Besson. Important parce que ce sujet si fort est tristement d’actualité : le féminicide. Mais c’est d’abord l’histoire des victimes invisibles que sont les enfants.

Depuis le début de l’année 2022, on compte déjà 126 féminicides. 126 femmes mortes sous les coups de leur conjoint. La presse en parle, la télévision organise des débats, des lois sont votées, mais, au fond, rien ne change. Ces chiffres implacables ne racontent rien de l’entourage des victimes, ceux qui vivent ces crimes dans leur chair. Le romancier Philippe Besson témoigne à travers cet ouvrage de la tragédie des enfants, ces orphelins qui doivent se reconstruire après un traumatisme innommable, car non, il n’y a pas de mots pour dire un tel cauchemar.

Le narrateur a 19 ans quand il reçoit un appel de sa petite sœur, Léa, 13 ans. En une seule phrase : « Papa vient de tuer Maman », ce sont d’autres vies qui s’effondrent. Vient alors la culpabilité, celle de n’avoir rien vu venir, d’avoir balayé d’un revers de main ce qui était sous leurs yeux, ces petits détails qui en disaient pourtant long. Le sourire d’une mère qui s’éteint, le souvenir d’une femme élégante et vive qui, soudain, semble se noyer. Le père était violent, le père était jaloux, le père emprisonnait sa femme dans une cage de plus en plus étroite pour l’avoir tout à lui. Mais comment se douter du drame à venir ? Leur fils était parti loin, poursuivre sa carrière à l’Opéra de Paris. Il faut maintenant accepter l’idée qu’il n’a pas su, pas pu protéger sa mère et sa petite sœur. Et l’adolescente pourra-t-elle un jour se remettre de ce qu’elle a vu ?

Le romancier entre dans la peau de ce grand frère déboussolé, obligé de se tenir droit, de tout lâcher pour mieux tenir la main de Léa. Et c’est ce qui fait toute la délicatesse de ce récit : l’entraide entre ce frère et cette sœur, leur manière de se protéger l’un l’autre, de ne pas trop en dire de peur de faire souffrir. C’est d’abord ce lien fraternel, cette relation pas comme les autres, indestructible, entre ces deux personnages qui bouleverse et impressionne : un gamin de 19 ans, obligé de grandir d’un coup, de quitter toute forme d’insouciance, d’oublier même de se préserver pour un seul objectif : sauver sa petite sœur du pire. Car qui d’autre pour la comprendre ? Qui d’autre pour savoir ? Pour partager les souvenirs des jours heureux auxquels, quoi qu’on fasse, on s’abandonne.

Philippe Besson raconte sans détour la douleur qui fait régresser Léa, l’impuissance de son frère, les petites choses du quotidien qui faisaient se sentir vivants et qui ne donnent plus de couleurs aux joues. Avec ce roman fort et poignant, il nous entraîne dans l’intimité d’une famille apparemment banale, ni pire ni meilleure, et nous incite à nous mettre dans la peau de ceux qui restent, ces orphelins qui doivent survivre, ne pas baisser les bras et qui vont avancer pas à pas et côte à côte sur les chemins, longs et chaotiques, de la résilience.

 

Paris Briançon (Julliard)
Huis clos à bord du mythique train-couchette

Rien ne relie les passagers montés à bord du train de nuit n° 5789. À la faveur d’un huis clos imposé, tandis qu’ils sillonnent des territoires endormis, ils sont une dizaine à nouer des liens, laissant l’intimité et la confiance naître, les mots s’échanger, et les secrets aussi. Derrière les apparences se révèlent des êtres vulnérables, victimes de maux ordinaires ou de la violence de l’époque, des voyageurs tentant d’échapper à leur solitude, leur routine ou leurs mensonges. Ils l’ignorent encore, mais à l’aube, certains auront trouvé la mort
Auteur de premier plan, Philippe Besson a publié aux éditions Julliard une vingtaine de romans, dont Son frère, adapté au cinéma par Patrice Chéreau, L’Arrière-saison (Grand Prix RTL-Lire), « Arrête avec tes mensonges » (prix Maison de la Presse), Le Dernier Enfant et Paris-Briançon.



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