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Hélène Gestern

Hélène Gestern

555 (Arléa)

Après le beau récit biographique sur Armen Lubin, Hélène Gestern revient au roman avec cet énigmatique 555. Comme souvent chez l’autrice, le roman classique se double d’une enquête. Bien qu’il n’y ait ici pas d’enquêteur, c’est bien la résolution d’une énigme qui nous tient en haleine jusqu’au bout.
De quoi s’agit-il ? Dans 555, Hélène Gestern nous entraîne dans le monde de la musique, des musiciens, de la lutherie, avec une puissance qui lui appartient : c’est en défaisant la doublure d’un étui à violoncelle que l’ébéniste Grégoire Coblence, associé d’un luthier, découvre une partition ancienne. Après l’avoir fait déchiffrer, il acquiert la certitude qu’elle a été écrite par l’illustre claveciniste compositeur Domenico Scarlatti.
Mais la partition disparaît. Cinq narrateurs, dont l’existence est intimement liée à l’œuvre du musicien, se lancent alors à corps perdu à la recherche du précieux document, dans un contexte où vérité et mensonges, sincérité et faux-semblants ne cessent de se télescoper de la plus troublante des façons. Les cinq hommes et femmes, entraînés dans une diabolique partie d’échecs, sont peu à peu amenés à questionner leur passé, leurs amours, leurs espérances et leurs erreurs, à la faveur d’une quête qui va bouleverser durablement leurs existences.
Scarlatti, compositeur de génie aux 555 sonates pour clavier, est le fil conducteur de ce roman. Sa musique envoûtante en est la bande sonore, et peu importe, finalement, de savoir s’il faut ajouter un 556e opus.

Eux sur la photo (Arléa poche)

Une petite annonce dans un journal comme une bouteille à la mer. Hélène cherche la vérité sur sa mère, morte lorsqu’elle avait trois ans. Ses indices : deux noms et une photographie retrouvée dans des papiers de famille, qui montre une jeune femme heureuse et insouciante, entourée de deux hommes qu’Hélène ne connaît pas. Une réponse arrive : Stéphane, un scientifique vivant en Angleterre, a reconnu son père.

Commence alors une longue correspondance, parsemée d’indices, d’abord ténus, puis plus troublants. Patiemment, Hélène et Stéphane remontent le temps, dépouillant leurs archives familiales, scrutant des photographies, cherchant dans leur mémoire. Peu à peu, les histoires se recoupent, se répondent, formant un récit différent de ce qu’on leur avait dit. Et leurs découvertes, inattendues, questionnent à leur tour le regard qu’ils portaient sur leur famille, leur enfance, leur propre vie.

Avec Eux sur la photo, Hélène Gestern nous livre une magnifique réflexion sur les secrets de famille et la mémoire particulière que fixe la photographie. Elle suggère que le dévoilement d’éléments inconnus, la résolution d’énigmes posées par le passé ne suffisent pas : ce qui compte, c’est la manière dont nous les comprenons et dont nous acceptons qu’ils modifient, ou pas, ce que nous sommes.

L’Odeur de la forêt (Arléa poche)

Un hasard professionnel met entre les mains d’Élisabeth Bathori, une historienne de la photographie, les lettres et l’album d’Alban de Willecot. Ce lieutenant, mort au front en 1917, a été l’ami d’un des plus grands poètes de son temps, Anatole Massis, et a entretenu avec lui une abondante correspondance. D’abord aiguillonnée par l’espoir de retrouver les réponses de Massis, Élisabeth, qui reprend le travail après de longs mois de deuil, se prend peu à peu d’affection pour Willecot, que la guerre a arraché à ses études d’astronomie et qui vit jour après jour la violence des combats. Elle se lance à la recherche de Diane, la jeune femme dont le lieutenant était éperdument amoureux, et scrute chacune des photographies qu’il a prises au front, devinant que derrière ces visages souriants et ces régiments bien alignés se cache une autre tragédie, dont les descendants croiseront à leur tour la grande Histoire durant la Seconde Guerre mondiale.
L’Odeur de la forêt est une traversée de la perte, à la recherche des histoires de disparus, avalés par la guerre, le temps, le silence. Mais le roman célèbre aussi la force inattendue de l’amour et de la mémoire, lorsqu’il s’agit d’éclairer le devenir de leurs traces : celles qui éclairent, mais aussi dévorent les vivants.

L’Eau qui dort (Arléa poche)

Un soir, Benoît Lauzanne, représentant de commerce parisien, quitte le domicile conjugal pour ne plus y revenir. Au buffet de la gare de V., la ville de province où il s’est réfugié, il est bouleversé par une femme dont la silhouette lui rappelle de façon troublante Irina, une artiste peintre qui fut le grand amour de sa jeunesse. Mais Irina a disparu vingt ans plus tôt sans laisser de traces. Dès lors, Lauzanne n’aura plus qu’une obsession : retrouver cette femme.

Sa quête l’amènera à croiser un jardin, à renouer avec la nature, à laquelle il aurait voulu consacrer à sa vie, mais aussi à être impliqué dans une enquête criminelle. Les étapes qui jalonnent la recherche d’Irina le conduiront à revivre différents épisodes du passé qu’il a pourtant tenté de laisser derrière lui, mais dont il reste le prisonnier.

L’Eau qui dort interroge la question de la disparition, au sens littéral, et de ses conséquences, dans la vie de ceux qui restent. Pourquoi choisit-on, un beau jour, de déserter sa propre existence ? Et comment les autres composent-il avec cette absence ? Le livre est aussi une méditation sur la nature, son rythme particulier, sa capacité de réparation et le pouvoir qu’elle a de contrebalancer les chagrins de l’existence.

Armen (Arléa poche)

Né à Istanbul en 1903, Armen Lubin quitte la Turquie et les persécutions en 1923. Il se réfugie à Paris. Affligé du Mal de Pott provoqué par la tuberculose, il passe le reste de sa vie hospitalisé, à écrire et à correspondre. Hélène Gestern mêle au récit des chapitres autobiographiques. Le livre est une méditation sur l’exil et l’écriture.
Armen Lubin (1903-1974) est né à Istanbul sous le nom de Chahnour Kérestédjian. Persécuté, comme ses compatriotes arméniens, il doit quitter la Turquie à l’été 1923, devenant de fait apatride. À Paris, il fait ses premiers pas de poète français, sous l’aile d’André Salmon et de Jean Paulhan, qui le publiera chez Gallimard. Très vite atteint d’une affection tuberculeuse redoutable, le mal de Pott, il passera sa vie dans des hôpitaux et des sanatoriums de l’Assistante publique. Soutenu par ses amis, parmi lesquels Henri Thomas, Madeleine et Jean Follain, il continuera d’écrire malgré la maladie et la douleur. Méditation sur l’exil, la perte et l’écriture, Armen est aussi le récit d’une affinité, d’une rencontre entre Hélène Gestern et son sujet. D’une ampleur incomparable, ce texte nous emporte dans les méandres de deux destinées que tout oppose et qui, pourtant, se répondent. C’est la première fois qu’Hélène Gestern livre avec pudeur quelques clés de son univers romanesque.

Hélène Gestern est née en 1971. Elle vit à Nancy, où elle enseigne la langue et la littérature françaises à l’université. Elle a rejoint en 2002 une équipe de recherche spécialisée dans les écrits autobiographiques, ce qui l’a amenée à travailler sur des journaux personnels et des manuscrits. Elle s’intéresse également à l’histoire de la photographie, comme en témoignent plusieurs de ses romans.
Arléa a publié son premier roman Eux sur la Photo (2011, Arléa-Poche 2013) succès de librairie avec plus de 80 000 exemplaires vendus, lauréat de nombreux prix, dont le Prix René-Fallet 2012 ; puis La Part du feu (2013, Arléa-Poche 2015), Portrait d’après blessure (2014, Arléa-Poche 2017, Prix Erckmann-Chatrian 2015), L’Odeur de la forêt (2016, Arléa-Poche 2018), Un Vertige (2017, Folio 2020), L’Eau qui dort (2018, Arléa-Poche 2021), et Armen (2020, Arléa-Poche 2021, Prix Charles-Oulmont-Fondation de France 2020 et finaliste du Prix Fémina-Essai).




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